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Publié le : 4 février 2019

Actualité scientifique

Résultats encourageants dans le traitement des LAM du sujet âgé en associant le venetoclax (anti-Bcl2) à un agent hypométhylant (décitabine ou azacitidine)

Venetoclax combined with decitabine or azacitidine in treatment-naive, elderly patients with acute myeloid leukemia

DiNardo CD*, Pratz K, Pullarkat V et al., Blood 2019, 133(1):7-17. DOI: 10.1182/blood-2018-08-868752

*Department of Leukemia, The University of Texas MD Anderson Cancer Center, Houston, TX.

 

Analyse commentée réalisée par Dr Andrea Toma

 

Justifications et objectifs

L’incidence des leucémies aigues myéloblastiques (LAM) est proportionnelle avec l’âge. Les traitements d’induction classiques montrant les meilleurs résultats comportent une poly-chimiothérapie séquentielle intensive. Cependant, ces traitements sont toxiques et/ou inefficaces chez le sujet de plus de 60 – 65 ans [1-3].

Chez ces patients les plus âgés, les LAM sont de mauvais pronostic comme le sont également les LAM secondaires, les LAM en rechute ou réfractaire. Dans ces situations, le recours aux agents hypométhylants (HMA) ou à d’autres traitements non intensifs ont permis d’améliorer la survie avec, toutefois, un taux de rémission complète de 15-20% et une médiane de survie globale inférieure à un an [4-7].

D’un autre coté, il a été montré que, de manière générale, les LAM sont caractérisées par une surexpression de la protéine anti-apoptotique BCL2 [8].

Le venetoclax (VX) est une petite molécule inhibant spécifiquement BCL2. Dans le traitement des tumeurs à renouvellement rapide, cette molécule permet au système immunitaire d’agir en débloquant la mort cellulaire programmée des cellules tumorales [9, 10]. Ce médicament est délivré par voie orale.

L’un des mécanismes de résistance au VX est l’expression du gène MCL-1 [11].

L’expression du gène MCL-1 est inhibé par les HMA. Des études précliniques ont montré que l’association VX-HMA était active vis-à-vis des cellules de LAM [12-14].

 

Méthodes

Dinardo et al.ont traité en phase 1 des patients avec LAM et ayant une contre-indication à la chimiothérapie intensive. Les patients avaient 65 ans ou plus, sans thérapeutique préalable pour la LAM (première ligne).

Le VX était utilisé à 3 paliers de dose : 400, 800 ou 1 200 mg/jour, associé à la décitabine (DEC, 20 mg/m² J1 à J5) ou à l’azacitidine (AZA, 75 mg/m² J1 à J7).

 

Résultats

Au total, 145 patients ont été traités : 60 patients ont reçu VX à la dose de 400mg (29 en association avec AZA, 31 avec DEC), 74 patients ont reçu VX 800 mg (37 avec AZA, 37 avec DEC) et 11 ont reçu VX 1200 mg (6 avec AZA, 5 avec DEC).

L’âge médian était de 74 ans (range, 65-86), et la majorité des patients (62 %) avaient un PS
à 1. La cytogénétique était intermédiaire dans 51% des cas et défavorable dans 49 %. La LAM était secondaire chez 36 (25 %) des patients traités.

Les effets secondaires observés chez plus de 30% des patients incluaient nausées, diarrhées, constipations, neutropénies fébriles, asthénies, hypokaliémies, anorexies et leucopénies. Aucun syndrome de lyse tumoral n’était observé.

Avec un suivi médian de 15,1mois (range, 9,8 – 31,7), 67 % des patients (à toutes les doses de VX) obtenaient une rémission complète (rémission complète avec ou sans récupération hématologique, CR + CRi). Ce taux atteignait 73 % chez les patients traités par HMA +VX
400 mg. Les patients au caryotype défavorable avaient un taux de rémission complète de 60 %, les patients de plus de 75 ans avaient un taux de rémission complète de 65 %.

La durée médiane de réponse (CR+CRi) pour tous les patients était de 11.3 mois et la survie globale médiane était de 17.5 mois. Elles n’étaient pas atteintes chez les patients traités avec AZA + VX 400 mg.

 

Analyse

Les principales critiques de ces résultats restent le faible effectif de patients dans les sous-populations étudiées et l’absence de groupe contrôle (traitement HMA seul). Cependant, les taux de rémissions obtenus avec ce régime de faible intensité sont très encourageants, y compris dans la population > 75 ans, où les réponses obtenues avec des traitements de chimiothérapie intensive ne dépassent pas 50% et sont de très courte durée. Par ailleurs, les études préalables ont montré des résultats bien plus faibles dans les LAM des sujets > 65 ans traités par HMA (AZA ou DEC) en monothérapie (10% à 50% de réponse, OS médiane 6 à 12 mois) [15,16].

L’association de thérapeutiques ciblées aux HMA semble prometteuse et des études prospectives sur des populations plus importantes de patients sont nécessaires, compte tenu des nouvelles molécules émergentes (midostaurine, enasidenib, CPX-351, gemtuzumab ozogamicin, venetoclax).

 

Références

[1] Almeida AM, Ramos F. Acute myeloid leukemia in the older adults. Leuk Res Rep. 2016;6:1-7. [2] Kantarjian H, Ravandi F, O’Brien S, et al. Intensive chemotherapy does not benefit most older patients (age 70 years or older) with acute myeloid leukemia. Blood. 2010;116(22):4422-4429. [3] Kantarjian H, O’brien S, Cortes J, et al.Results of intensive chemotherapy in 998 patients age 65 years or older with acute myeloid leukemia or high-risk myelodysplastic syndrome: predictive prognostic models for outcome. Cancer. 2006;106(5):1090-1098. [4] Dombret H, Seymour JF, Butrym A, et al. International phase 3 study of azacitidine vs conventional care regimens in older patients with newly diagnosed AML with >30% blasts. Blood. 2015;126(3):291-299. [5] Cashen AF, Schiller GJ, O’Donnell MR, DiPersio JF. Multicenter, phase II study of decitabine for the first-line treatment of older patients with acute myeloid leukemia. J Clin Oncol. 2010;28(4):556-561. [6] Kantarjian HM, Thomas XG, Dmoszynska A, et al. Multicenter, randomized, open-label, phase III trial of decitabine versus patient choice, with physician advice, of either supportive care or low-dose cytarabine for the treatment of older patients with newly diagnosed acute myeloid leukemia. J Clin Oncol. 2012;30(21):2670-2677]. [7] Al-Ali HK, Jaekel N, Junghanss C, et al.Azacitidine in patients with acute myeloid leukemia medically unfit for or resistant to chemotherapy: a multicenter phase I/II study. Leuk Lymphoma. 2012;53(1):110-117. [8] Pan R, Hogdal LJ, Benito JM, et al. Selective BCL-2 inhibition by ABT-199 causes on-target cell death in acute myeloid leukemia. Cancer Discov. 2014;4(3):362-375. [9] Konopleva M, Letai A. BCL-2 inhibition in AML: an unexpected bonus?Blood. 2018;132(10):1007-1012. [10] Konopleva M, Pollyea DA, Potluri J, et al. Efficacy and biological correlates of response in a phase II study of venetoclax monotherapy in patients with acute myelogenous leukemia. Cancer Discov. 2016;6(10):1106-1117. [11] Bose P, Gandhi V, Konopleva M. Pathways and mechanisms of venetoclax resistance. Leuk Lymphoma. 2017 ; 58(9):1-17. [12] Bogenberger JM, Delman D, Hansen N, et al. Ex vivo activity of BCL-2 family inhibitors ABT-199 and ABT-737 combined with 5-azacytidine in myeloid malignancies. Leuk Lymphoma. 2015;56(1):226-229. [13] Tsao T, Shi Y, Kornblau S, et al. Concomitant inhibition of DNA methyltransferase and BCL-2 protein function synergistically induce mitochondrial apoptosis in acute myelogenous leukemia cells. Ann Hematol. 2012;91(12):1861-1870. [14] DiNardo CD, Pratz KW, Letai A, et al. Safety and preliminary efficacy of venetoclax with decitabine or azacitidine in elderly patients with previously untreated acute myeloid leukaemia: a non-randomised, open-label, phase 1b study. Lancet Oncol. 2018;19(2):216-228. [15] Fenaux P, Mufti GJ, Hellström-Lindberg E, et al. Azacitidine prolongs overall survival compared with conventional care regimens in elderly patients with low bone marrow blast count acute myeloid leukemia. J Clin Oncol. 2010;28(4):562-569. [16] Menzin J, Lang K, Earle CC, Kerney D, Mallick R. The outcomes and costs of acute myeloid leukemia among the elderly. Arch Intern Med. 2002;162(14):1597-1603.