ENDOMÉTRIOSE & IA Un test salivaire pour en finir avec l’errance diagnostique ?
Sept ans. C’est le délai moyen pour poser un diagnostic d’endométriose en France, une maladie qui touche pourtant une femme sur dix en âge de procréer.1–2 Dans les cas complexes, confirmer le diagnostic supposait jusqu’ici de recourir à la cœlioscopie, un geste chirurgical sous anesthésie générale.2 Un test salivaire fondé sur l’analyse de micro-ARN (miRNA, pour micro-ribonucleic acid, de petites molécules régulatrices de l’expression des gènes) et sur l’intelligence artificielle (IA) vient bousculer ce paradigme.3 Ses résultats de validation, publiés dans NEJM Evidence, affichent une précision de 96,6 %.4 A date, la prochaine étape sera de mesurer si cette identification modifie la prise en charge et améliore le devenir des patientes : c’est l’objectif de l’étude ENDOBEST. Faisons le point sur cette innovation en cours.
Quelques définitions pour commencer
Micro-ARN (miRNA) : petites molécules d’ARN non codant, d’une vingtaine de nucléotides, qui régulent l’expression des gènes en bloquant la traduction de certains ARN messagers en protéines. Dans l’endométriose, certains miRNA salivaires sont exprimés de façon caractéristique, formant une « signature » biologique identifiable.
Séquençage de nouvelle génération haut débit (NGS, pour next-generation sequencing) : technique de lecture à très haut débit des séquences d’acides nucléiques, permettant de quantifier simultanément des centaines de miRNA dans un seul échantillon.
Intelligence artificielle (IA) : dans le contexte de ce teste salivaire (Endotest®), le terme désigne un programme informatique entraîné à reconnaître, dans le profil de miRNA d’une patiente, les configurations associées à l’endométriose. Le programme compare la signature salivaire à un modèle de référence et produit un résultat diagnostique en quelques jours.
L’endométriose, un diagnostic qui se fait attendre
L’endométriose se caractérise par la présence de tissu semblable à l’endomètre en dehors de la cavité utérine. Elle concerne environ 10 % des femmes en âge de procréer. Douleurs pelviennes chroniques, dysménorrhée invalidante, dyspareunie, troubles digestifs ou urinaires, infertilité : les manifestations sont protéiformes et souvent banalisées.2 Le délai moyen entre les premiers symptômes et le diagnostic reste de sept ans, une errance qui pèse lourdement sur la qualité de vie.1
Le parcours diagnostique repose sur l’examen clinique, puis l’imagerie (échographie endovaginale, IRM pelvienne). Ces examens identifient les formes profondes ou kystiques, mais restent pris en défaut devant les lésions superficielles ou millimétriques : précisément celles qui génèrent des douleurs intenses sans anomalie visible. Jusqu’à récemment, seule la cœlioscopie permettait de lever le doute dans ces situations.2
Un test salivaire à la croisée de la biologie moléculaire et de l’IA
Endotest® est un dispositif médical de diagnostic in vitro portant le marquage CE, qui repose sur l’identification d’une signature de 109 miRNA salivaires. La patiente effectue un prélèvement de salive, acheminé vers un laboratoire spécialisé. Les miRNA sont extraits, séquencés par NGS, puis analysés par un programme d’IA qui compare le profil obtenu à un modèle construit à partir de cohortes de patientes atteintes et de témoins indemnes. Le résultat, positif ou négatif, est rendu en une dizaine de jours.1–2–3–5
L’intérêt de l’approche tient à sa non-invasivité et à sa capacité à détecter toutes les formes d’endométriose, y compris les lésions superficielles invisibles en imagerie. Le test ne remplace pas l’examen clinique ni l’imagerie : il s’inscrit en troisième intention, lorsque l’imagerie est normale ou équivoque alors que les symptômes restent fortement évocateurs.1
ENDOmiRNA : validation externe dans NEJM Evidence
L’étude prospective multicentrique ENDOmiRNA, publiée en octobre 2025 dans NEJM Evidence, constitue la validation externe de cette signature salivaire4. Elle a inclus 971 patientes âgées de 18 à 43 ans, recrutées dans 17 centres français. Le diagnostic de référence a été établi par imagerie, par cœlioscopie, ou les deux ; toutes les patientes classées comme témoins avaient bénéficié d’une cœlioscopie. L’interprétation du test salivaire a été réalisée en aveugle du statut diagnostique.4-5
La prévalence de l’endométriose dans la cohorte était de 77 %. La signature miRNA a affiché une précision globale de 96,6 % (IC 95 % : 95,2-97,6 %), une sensibilité de 97,3 % (96,4-98,0 %) et une spécificité de 94,1 % (91,0-96,4 %). La valeur prédictive positive atteignait 98,2 % et la valeur prédictive négative 91,3 %. Parmi les 591 patientes disposant d’une confirmation ou infirmation chirurgicale du diagnostic, le taux de mauvaise classification était de 4,6 % pour le test salivaire, contre 27,2 % pour l’imagerie (échographie, IRM, ou les deux)4. Ces performances dépassent largement les seuils proposés dans la littérature pour qu’un test non invasif puisse se substituer à la cœlioscopie diagnostique (sensibilité ≥ 0,94, spécificité ≥ 0,79).1 La reproductibilité biologique du test et sa stabilité selon le centre de prélèvement ont également été validées.4–5
Du laboratoire au remboursement : un parcours réglementaire accéléré
Le parcours réglementaire d’Endotest® en France illustre un cas peu fréquent : celui d’un dispositif diagnostique accédant au remboursement avant même que son utilité clinique soit pleinement démontrée, via le mécanisme du forfait innovation.
Fin 2023, la Haute Autorité de Santé (HAS) a reconnu le caractère novateur du test, tout en jugeant les données insuffisantes pour conclure à un impact favorable sur la prise en charge. Elle a orienté le fabricant vers le forfait innovation, dispositif de prise en charge dérogatoire et temporaire permettant un accès précoce à une technologie innovante, conditionné à la réalisation d’une étude clinique.1 L’avis favorable a été émis en octobre 2024.3 Le remboursement par l’Assurance maladie est entré en vigueur en février 20256 : le test salivaire peut être pris en charge dans le cadre du forfait innovation auprès de 25 000 femmes, pendant 3 ans. La population éligible : patientes à l’imagerie normale ou équivoque, mais présentant des symptômes très évocateurs et invalidants de la maladie. Il doit être prescrit par un gynécologue et est réalisé à l’hôpital.6–7
Le test est aujourd’hui accessible dans plus de 120 centres hospitaliers en France.7
Ce qui reste à démontrer
Performance diagnostique ne vaut pas utilité clinique. L’étude ENDOmiRNA a établi que le test identifie correctement l’endométriose ; elle n’a pas mesuré si cette identification modifie la prise en charge et améliore le devenir des patientes.
C’est l’objectif de l’étude nationale ENDOBEST, lancée en février 2025.7–8 Prévue sur 2 500 patientes, elle évalue l’impact du test sur les décisions cliniques : le résultat d’Endotest® réduit-il le recours à la cœlioscopie diagnostique ? Modifie-t-il la stratégie thérapeutique lorsque la chirurgie n’était pas envisagée ? Les résultats sont attendus au second semestre 2026.8
Plusieurs questions restent ouvertes. Le test n’est pas disponible en ville : la prescription est hospitalière, ce qui limite l’accès des patientes suivies en ambulatoire. Des voix dans la communauté médicale s’interrogent sur la pertinence de diagnostiquer des lésions que l’imagerie ne visualise pas.1 Enfin, le passage d’un remboursement dérogatoire à un remboursement de droit commun est conditionné aux résultats d’ENDOBEST. La décision définitive de la HAS interviendra après analyse de ces données.7
Conclusion
Endotest® représente une avancée notable dans le diagnostic de l’endométriose : un test non invasif, fondé sur des biomarqueurs salivaires et l’IA, validé dans un essai prospectif multicentrique publié dans NEJM Evidence. Le déploiement hospitalier est en cours, le remboursement est effectif pour 25 000 patientes, et l’innovation française est reconnue internationalement (Prix Galien France 2022, Prix Galien International 2024, lauréat France 2030).9–10
Reste l’étape décisive : démontrer que cette précision diagnostique se traduit par moins de chirurgies inutiles, une prise en charge plus précoce et une réduction mesurable de l’errance. La réponse viendra d’ENDOBEST. A suivre !
Rédaction : Camille ZYTO
Avec la relecture médicale des Dr Soussan DANILOSKI et Dr Hervé BONNAUD
Sous la direction éditoriale du Pr Damien SENE
Bibliographie
- Haute Autorité de santé (HAS). Évaluation du test salivaire Endotest® dans les situations complexes de diagnostic d’endométriose. Saint-Denis La Plaine: HAS; 2023. Disponible sur : https://www.has-sante.fr
- Endométriose : une maladie gynécologique fréquente mais encore mal connue [Internet]. Paris: Inserm; 2024 [consulté le 7 mai 2026]. Disponible sur : https://www.inserm.fr/dossier/endometriose/
- Haute Autorité de santé (HAS). Avis n°2024.0066/AC/SEAP du 17 octobre 2024 relatif à la prise en charge dérogatoire du dispositif médical in vitro ENDOTEST® en application de l’article L.165-1-1 du code de la sécurité sociale. Saint-Denis La Plaine: HAS; 2024.
- Bendifallah S, et al. Validation of a Saliva Micro–RNA Signature for Endometriosis. NEJM Evid. 2025;4(11).
- Publication des résultats finaux de l’étude de validation du test salivaire diagnostique de l’endométriose Endotest [Internet]. 12 nov 2025 [consulté le 7 mai 2026]. Disponible sur : https://www.vidal.fr/actualites/37079-publication-des-resultats-finaux-de-l-etude-de-validation-du-test-salivaire-diagnostique-de-l-endometriose-endotest.html
- République française. Arrêté du 6 février 2025 relatif à la prise en charge du dispositif médical in vitro ENDOTEST au titre de l’article L.165-1-1 du code de la sécurité sociale. Journal officiel de la République française. 11 fév 2025. Disponible sur : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000051151869/
- Endométriose : prise en charge du test salivaire ENDOTEST sous certaines conditions [Internet]. 13 fév 2025 [consulté le 7 mai 2026]. Disponible sur : https://www.vidal.fr/actualites/31213-endometriose-prise-en-charge-du-test-salivaire-endotest-sous-certaines-conditions.html
- gov. EndoBest Study (NCT06794424) [Internet]. Bethesda (MD): National Library of Medicine (US); [consulté le 7 mai 2026]. Disponible sur : https://clinicaltrials.gov/study/NCT06794424
- Nos récompenses [Internet]. [consulté le 7 mai 2026]. Disponible sur : https://ziwig.com/nos-recompenses/
- Toute la Veille Acteurs de Santé. Ziwig Endotest, le premier test salivaire diagnostique de l’endométriose disponible dans 80 hôpitaux et pris en charge par l’Assurance maladie [Internet]. [consulté le 7 mai 2026]. Disponible sur : https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/229486/ziwig-endotest-le-premier-test-salivaire-diagnostique-de-lendometriose-disponible-dans-80-hopitaux-et-pris-en-charge-par-lassurance-maladie-communique/
