Toute l'actualité sur les innovations thérapeutiques


Télécharger en PDF

Publié le : 20 mai 2019

Actualité scientifique

Peut-on sans crainte vacciner les patients ayant un rhumatisme inflammatoire contre la grippe ?

Association between inactivated influenza vaccine and primary care consultations for autoimmune rheumatic disease flares: a self-controlled case series study using data from the Clinical Practice Research Datalink

Nakafero G, Grainge MJ, Myles PR, et al. Ann Rheum Dis Epub ahead of print: doi:10.1136/annrheumdis-2019-215086

Analyse commentée réalisée par Pr Damien Sène

 

Introduction, Objectif et Méthodes

Bien que le vaccin antigrippal inactivé ait une efficacité sérologique chez les patients ayant un rhumatisme inflammatoire, son utilisation reste sous-optimale, par peur des effets secondaires. Pour illustration, des études ont déjà démontré des taux plus faibles de vaccination au Royaume-Uni (49 % et 59 % des patients âgés de 18 à 44 ans et de 45 à 64 ans, respectivement) chez les patients ayant un rhumatisme inflammatoire pendant la saison grippale 2015-2016 [1], mais également en Allemagne [2].

Les obstacles à la vaccination antigrippale comprennent la peur des effets secondaires propres au vaccin, la crainte des poussées rhumatismales et l’incertitude sur l’efficacité. Pour autant, plusieurs études ont démontré que le vaccin antigrippal était efficace et bien toléré chez les patients ayant un rhumatisme inflammatoire sous immunosuppresseurs [3, 4]. La critique faite à ces études est celle d’avoir inclus essentiellement des patients dont la maladie était stable sous traitement, d’où, pour les auteurs, la nécessité de disposer d’une étude en vie réelle incluant des patients de tout degré activité.

L’objectif de cette étude britannique était donc d’examiner le lien entre l’administration du vaccin antigrippal inactivé et l’incidence des consultations en soins primaires pour douleurs articulaires, poussée de polyarthrite rhumatoïde, prescription de corticoïdes, vascularite et fièvre inexpliquée chez les patients ayant un rhumatisme inflammatoire.

Pour répondre à leur question, les auteurs anglais ont inclus les patients ayant un rhumatisme inflammatoire, ont reçu un vaccin antigrippal inactivé et étaient enregistrés dans une base de données médicale (Clinical Practice Research Datalink). L’évaluation des patients était effectuée selon différentes périodes d’exposition : 1 à 14 jours avant la vaccination, 0 à 14, 15 à 30, 31 à 60 et 61 à 90 jours après la vaccination.

 

Résultats

Dans la base de données, 14 928 patients ayant un rhumatisme inflammatoire et vacciné ont été inclus dans l’analyse : 69 % de femmes, 80 % de polyarthrite rhumatoïde, 16% une spondylarthrite ankylosante et 4% un lupus systémique, avec un âge moyen de 59 ans.

En comparant les périodes d’analyse aux périodes dites de non exposition (période précédant de plus de 15 jours la vaccination et au-delà de 90 jours après la vaccination), il n’y avait aucune association significative entre la vaccination et l’incidence de consultation en soins primaires pour poussée de polyarthrite rhumatoïde, prescription de corticoïdes, fièvre inexpliquée ou vascularite. Au contraire, la vaccination était associée à une réduction du nombre de consultations en soins primaires pour des douleurs articulaires au cours des 90 jours suivants la vaccination avec un ratio standardisé d’incidence moyen de 0,91 (IC à 95% : 0,87 à 0,94) (P<0.001) (Tableaux 1 et 2).

Tableau 1

Tableau 2 

 

Conclusion

Cette étude effectuée en vie réelle, incluant un grand nombre de patients ayant un rhumatisme inflammatoire n’a pas mis en évidence d’association significative entre la vaccination antigrippale et un sur-risque de consultations de soins primaires pour poussée de rhumatisme inflammatoire, vascularite, arthralgies ou prescription de corticoïde. Ces données de vie réelle viennent s’ajouter aux preuves accumulées sur la bonne tolérance de la vaccination antigrippale chez les patients ayant un rhumatisme inflammatoire. Elles viennent renforcer les recommandations des sociétés savantes et de la commission technique des vaccinations qui préconisent de vacciner contre la grippe tous les patients ayant un rhumatisme inflammatoire, à plus forte raison quand un traitement immunosuppresseur est prescrit.

 

Références

[1] Nakafero G, Grainge MJ, Myles PR, et al. Predictors and temporal trend of flu vaccination in auto-immune rheumatic diseases in the UK: a nationwide prospective cohort study. Rheumatology 2018;57:1726–34. [2] Luque Ramos A, Hoffmann F, Callhoff J, et al. Influenza and pneumococcal vaccination in patients with rheumatoid arthritis in comparison with age- and sex-matched controls: results of a claims data analysis. Rheumatol Int 2016;36:1255–63. [3] Park JK, Lee YJ, Shin K, et al. Impact of temporary methotrexate discontinuation for 2 weeks on immunogenicity of seasonal influenza vaccination in patients with rheumatoid arthritis: a randomised clinical trial. Ann Rheum Dis 2018;388. [4] Park JK, Lee MA, Lee EY, et al. Effect of methotrexate discontinuation on efficacy of seasonal influenza vaccination in patients with rheumatoid arthritis: a randomized clinical trial. Ann Rheum Dis 2017;76:1559–65.