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Publié le : 11 juin 2020

COVID-19

Caractéristiques cliniques et devenir des patients admis en unité neurologique et atteints par le COVID-19 à Brescia en Lombardie 

Clinical characteristics and outcomes of inpatients with neurologic disease and COVID-19 in Brescia, Lombardy, Italy

Benussi A, Pilotto A, Premi E, Libri I et al. Neurology 2020 Epub Ahead of Print. DOI: https://doi.org/10.1212/WNL.0000000000009848

Analyse commentée réalisée par le Pr Eric Jouvent

Justificatifs et objectifs

La période que nous venons de subir est unique, souhaitons qu’elle le reste. L’épidémie de COVID-19 a frappé vite et fort, d’abord en Chine, puis en Europe. Dès février, les premières informations venues de Chine faisaient état d’atteintes neurologiques sévères liées au COVID-19, avec en particulier des accidents vasculaires cérébraux ou des atteintes cérébrales diffuses à l’origine de symptomatologies confusionnelles (1).

Dans la tempête, le monde de la publication scientifique s’est un peu perdu. Les publications dans des registres sans relecture se sont multipliées, livrant des données invérifiables et inexploitables à l’origine de débats publics inutiles. Les éditeurs des plus grands journaux se sont livrés à une course effrénée à la publication COVID, ce qui a parfois été à l’origine d’articles d’un niveau douteux sous forme de correspondances avec un travail éditorial minimaliste (2). Dans l’une d’elle, le nombre d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques observés en 2 semaines chez des patients de moins de 50 ans atteints du COVID est 8 fois supérieur au nombre habituel, suggérant une déferlante de sujets jeunes lourdement handicapés dans nos hôpitaux (3). Nous n’avons rien observé de tel, et les unités neurovasculaires dans les régions les plus touchées en France ont vu au contraire leur activité nettement chuter, et nous n’en comprendrons sans doute les raisons que dans plusieurs mois. Dans ce contexte, les sources fiables deviennent des perles rares. En neurologie, une étude italienne a quelques mérites et nous la présentons ici.

 

Méthodes

Il s’agit d’une étude monocentrique rétrospective ayant inclus tous les patients âgés de 18 ans et plus, admis en unité neurologique dans l’hôpital de Brescia du 21 février au 5 avril 2020, à l’exclusion de ceux toujours hospitalisés à cette date. Le département de neurologie de cet hôpital s’est organisé avec une unité de patients atteints de COVID et une unité de patients non atteints de COVID. Un consentement éclairé pour l’utilisation des données a été obtenu auprès des patients, sauf pour ceux décédés ou perdus de vue auxquels le comité d’éthique local s’est substitué. Le diagnostic de COVID reposait sur la PCR, selon les recommandations habituelles, avec systématiquement des prélèvements nasopharyngés et oropharyngés chez tous les patients. Chez les patients suspects mais ayant 2 PCR négatives à 24H d’intervalle, un lavage broncho-alveolaire était pratiqué. Le scanner thoracique ne faisait pas partie des critères diagnostiques dans cette étude. Les patients COVID+ et les patients COVID- ont été comparés avec des méthodes statistiques habituelles.

 

Résultats

Après exclusion des 41 patients toujours hospitalisés au 5 avril 2020, 173 patients ont été inclus dans l’analyse des données. Parmi eux, 56 (32,4%) étaient COVID+ et 117 (67,6%) étaient COVID-. Les patients COVID+ étaient significativement plus âgés (77,0 vs 70,1 ans, p=0,006) mais le sexe des patients n’était pas différent entre les 2 groupes. Les diagnostics des patients étaient dominés par les accidents vasculaires cérébraux (68/117 soit 58,1% dans le groupe COVID-, 43/56, soit 76,8% dans le groupe COVID+). Les autres diagnostics étaient une épilepsie, une affection inflammatoire, un cancer ou d’autres non précisés. La mortalité intra-hospitalière sur la période d’analyse était de 4,3% dans le groupe COVID- et de 37,5% dans le groupe COVID+.

 

Analyse

Qu’apprenons-nous de cette étude ? Sans doute qu’avoir 2 affections graves est plus grave que de n’en avoir qu’une seule… Si les auteurs ont le mérite de comparer des patients COVID+ et COVID-, ils le font tout de même de manière un peu exotique. Considérer comme un groupe d’étude des patients atteints d’un accident vasculaire cérébral ou d’une épilepsie ou d’un cancer ou d’une maladie inflammatoire ou de 15% d’autres diagnostics, il fallait y penser. Les auteurs auraient été bien inspirés de focaliser leur attention sur les accidents vasculaires cérébraux, le diagnostic de loin le plus fréquent. Ils ont bien fourni des données, mais en mélangeant les accidents ischémiques transitoires, les accidents ischémiques constitués et les accidents hémorragiques. Il s’agit pourtant d’une étude publiée dans un journal de référence en neurologie.

Cet article illustre à quel point le système traditionnel de la peer-review n’était pas adapté à la période de crise que nous venons de vivre. Les délais habituels entre la soumission d’un article et sa publication, de plusieurs mois, ne sont pas compatibles avec une telle fulgurance. L’accélération nécessaire implique de court-circuiter les principaux garde-fous. Les publications dans des registres sans comité de lecture font pire encore, permettant la diffusion d’articles relevant davantage de la propagande que de la science. Il est toujours possible de rêver d’un système international de peer-review académique temporaire qui mobiliserait l’ensemble des acteurs sur une seule thématique sur une très courte période. Mais il vaut sans doute mieux espérer que jamais une telle crise ne se reproduira.

Références

  1. Mao L, Jin H, Wang M, Hu Y, Chen S, He Q, et al. Neurologic Manifestations of Hospitalized Patients With Coronavirus Disease 2019 in Wuhan, China. JAMA Neurol. 2020.
  2. Bangalore S, Sharma A, Slotwiner A, Yatskar L, Harari R, Shah B, et al. ST-Segment Elevation in Patients with Covid-19 – A Case Series. N Engl J Med. 2020.
  3. Oxley TJ, Mocco J, Majidi S, Kellner CP, Shoirah H, Singh IP, et al. Large-Vessel Stroke as a Presenting Feature of Covid-19 in the Young. N Engl J Med. 2020;382(20):e60.