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Publié le : 10 août 2021

COVID-19

Reinfection Rates among Patients who Previously Tested Positive for COVID-19: a Retrospective Cohort Study

Megan M. Sheehan BS et al.

Clinical Infectious Diseases, 23/03/2021

DOI:   10.1093/cid/ciab234

Par le Docteur Anne-Lise Munier (Infectiologue, Lariboisière, Paris)

 

A ce jour, la durée de l’immunité conférée par une infection par la COVID-19 n’est pas très bien connue.

L’immunité secondaire à une infection à coronavirus varie selon le type de virus (au moins 2 ans pour le SARS-COV1 impliqué dans la pandémie de 2003, mais seulement quelques mois après les infections saisonnières hivernales à coronavirus).

Plusieurs cas de réinfections chez des patients ont été décrits, y compris avant l’émergence des variants d’intérêt  qui nous posent problème aujourd’hui.

L’objectif de cette étude était donc d’évaluer le nombre de réinfection chez une large cohorte de patients ayant eu une infection documentée à la COVID19.

 

Matériel et méthodes

Etude rétrospective de cohorte de 150.325 patients testés par PCR dans plusieurs hôpitaux américains (Ohio et Floride) entre mars 2020 et février 2021. Le personnel soignant n’était pas inclus dans cette étude.

Le statut du patient était défini par les résultats des tests PCR réalisés pendant la période de mars à août 2020, afin de distinguer 2 groupes : les patients précédemment infectés par la COVID-19 (test positif avant août 2020) et les patients non infectés.

L’objectif principal était donc d’évaluer le nombre de réinfections, définies comme un nouveau test positif réalisé au moins 90 jours après le précédent. Les objectifs secondaires étaient d’évaluer les infections symptomatiques et la protection conférée par une infection antérieure.

 

Résultats 

Parmi les 150.325 patients ayant eu au moins un test avant août 2020, 8845 soit 5.9% ont été testés positifs pendant la première période. Il s’agit donc du groupe de patients précédemment infectés. Parmi ceux-ci, 1278 patients ont été testés de nouveau plus de 90 jours après leur premier test positif et 62 patients ont eu une possible réinfection (4.9%) dont la moitié étaient symptomatiques. Dix-huit patients ont été hospitalisés après cette réinfection mais seulement 5 patients pour des symptômes possiblement en rapport avec la COVID-19. Aucun n’a nécessité de soins intensifs.

Parmi les 141.480 patients testés négatifs pendant la première période, 39.487 ont été retestés par la suite dont 5449 (13.8%) testés positifs. Cinquante-huit pour cent étaient symptomatiques.

Ainsi, la protection apportée par une infection antérieure par la COVID-19 était de 81.8% (IC95% 76.6 à 85.8%). La protection contre une infection symptomatique était quant à elle évaluée à 84.5% (IC95% 77.9 à 89.1%). Ce taux de protection augmentait dans le temps à mesure que l’on s’éloignait des 90 jours (plus de 90% après 6 mois).

 

Interprétation/ Commentaires

Une infection par la COVID19 offre une protection élevée contre les infections ultérieures, en particulier contre les infections symptomatiques et les formes graves. De plus, cette protection augmente dans le temps à distance de l’infection.

Les PCR positives dans les suites d’une infection confirmée sont toujours d’interprétation difficile car celles-ci peuvent rester positives plusieurs semaines chez certains patients (plus de 5% à J90). Les possibles réinfections survenues peu de temps après les 90 jours pouvaient donc parfois correspondre à des clairances virales prolongées. La limite choisie à 90 jours a donc probablement surestimé le nombre de réinfections. La protection apportée par une infection antérieure est donc peut-être encore supérieure.

Le diagnostic de réinfection symptomatique n’est pas non plus toujours facile à poser, les symptômes de la COVID-19 étant aspécifiques. Un point noté par les auteurs est qu’aucun patient considéré comme ayant une réinfection n’a présenté d’anosmie, un des symptômes les plus spécifiques de la COVID-19. Le nombre de réinfections symptomatiques est donc peut-être aussi surestimé.

Malgré des difficultés d’interprétation, ces données sont solides et concernent une large cohorte de patients. Elles sont cohérentes avec d’autres études précédemment publiées (réduction de 91% des réinfections symptomatiques chez les personnels soignants au Royaume Uni ou dans la population générale en Autriche), ainsi qu’avec les résultats des études sérologiques qui montrent que le taux d’anticorps après une infection reste positif plus de 6 mois chez près de 90% des patients.

Les auteurs concluent que la vaccination des patients précédemment immunisés peut donc être décalée dans le temps afin de permettre une vaccination en priorité aux personnes non immunisées.

Malgré ces résultats solides et très rassurants, beaucoup d’inconnues demeurent et cette étude ne permet pas d’évaluer la protection obtenue contre les nouveaux variants d’intérêt plus contagieux.

 

Références

  • Lumley SF, O’Donnell D, Stoesser NE, et al. Antibody Status and Incidence of SARS-CoV-2 Infection in Health Care Workers. N Engl J Med 2020
  • Pilz S, Chakeri A, Ioannidis JP, et al. SARS-CoV-2 re-infection risk in Austria. Eur J Clin Invest 2021; 00:e13520

Saadat S, Tehrani ZR, Logue J, et al. Binding and Neutralization Antibody Titers After a Single Vaccine Dose in Health Care Workers Previously Infected With SARS-CoV-2. JAMA 2021