NeuroQ : A neurophobia screening tool assesses how roleplay challenges neurophobia.
McGovern E et al. Neurol Sci. 2021 Jan 20:117320. doi: 10.1016/j.jns.2021.117320.
Pr Eric JOUVENT (Lariboisière, Paris)
Justificatifs et objectifs
La France est très en retard sur la pédagogie en général et dans le domaine de la santé en particulier. Cet aspect est rarement pris au sérieux. Beaucoup d’enseignants en médecine considèrent encore la pédagogie comme une compétence innée et que l’apprentissage ne doit reposer que sur le compagnonnage, comme ils l’ont vécu. Cette perception est totalement différente dans les pays anglo-saxons et les choses commencent aussi à changer ici.
Le thème de cet article est la neurophobie. En effet, la neurologie ne fait pas peur qu’aux patients, elle fait aussi peur aux étudiants. Certains auteurs anglo-saxons ont donc introduit ce concept tout à fait spécifique à la neurologie au siècle dernier (1).
Encore faut-il avoir des hypothèses ou des idées pour lutter contre cette affection. Dans ce contexte, l’équipe du Pr Flamant-Roze à la Pitié-Salpêtrière a mis en place une nouvelle technique d’apprentissage de la neurologie, basée sur la mise en condition de type « jeu de rôle » et baptisée « The Move », à destination des étudiants en 3ème année de médecine. Nous constatons dans la pratique un engouement réel pour cette nouvelle approche de l’enseignement de la neurologie, qui tend à se diffuser. Il y a même maintenant des tournois « The Move » qui impliquent des équipes de différents pays d’Europe, même si le COVID est venu ralentir cette dynamique.
Cette équipe a souhaité évaluer l’intérêt de « The Move » pour diminuer le sentiment de neurophobie chez les étudiants en médecine concernés par l’apprentissage de la sémiologie neurologique en France.
Méthodes
Avant d’évaluer l’intérêt de « The Move », les auteurs ont dû développer une échelle de neurophobie. En effet, il existait déjà des échelles évaluant cet aspect, mais uniquement à destination d’un public plus expérimenté, ayant déjà été en contact avec la neurologie, que ce soit en fin d’externat ou durant l’internat. Les auteurs ont donc mis au point une échelle de mesure basée sur 5 questions, du type « Je trouve que les concepts en neurologie sont difficiles à comprendre » ou « J’ai confiance en ma capacité à comprendre la neurologie »… Les réponses aux 5 questions étaient cotées sur une échelle de Likert (5 réponses possibles allant d’un accord fort à un fort désaccord). Les valeurs de Neuro-Q varient donc entre 5 et 25 (5 questions entre 1 et 5 points). Les auteurs ont évalué la validité de cette échelle chez 352 étudiants en 3èmeannée durant l’année 2019 en la comparant notamment à une échelle de référence, l’échelle de Schon (2).
Dans un second temps, les auteurs ont évalué l’impact de « The Move » sur la neurophobie de leurs étudiants. Pour cela, ils ont inclus en 2020, 395 étudiants en 3ème année de médecine, et leur ont fait passer le questionnaire avant et après le cycle d’apprentissage « The Move », soit 5 séances de 3H par semaine durant 5 semaines, par groupes de 30 à 35 étudiants. Ces séances, supervisées par des neurologues expérimentés et formés à ce type d’apprentissage, reposent sur le jeu de rôles de patients et de médecins, jugés par un jury.
Résultats
La validation d’une échelle est un peu technique, en particulier en l’absence de gold-standard auquel la comparer. Les auteurs ont observé une corrélation de 0.17 (p=0.003) entre Neuro-Q et l’échelle de Schon, ce qui est faible mais attendu compte tenu de leurs différences. Les différents résultats ont permis de garder le seuil de 16 points pour définir un étudiant neurophobique et de 18 pour définir une forme sévère.
Avant « The Move », le score moyen parmi les 395 étudiants était de 14.4 ± 2.4. Avec le seuil de 16, 99 étudiants (28%) étaient neurophobiques. Après les séances de « The Move », le score moyen était de 12.9 ± 2.8, tandis que 77 étudiants (22%) restaient neurophobiques, soit une réduction absolue de 5.6%.
Analyse
Cette étude pourrait prêter à rire, mais il s’agit d’un sujet extrêmement sérieux. En France, le niveau moyen des médecins pour les compétences de neurologie est effectivement plus faible que dans les autres spécialités, peut-être en partie à cause de la neurophobie.
Il s’agit probablement d’une des premières études sur la pédagogie proposée aux lecteurs d’Horizons-Thérapies. Cette étude repose sur une méthodologie de qualité et permet de montrer qu’une technique d’apprentissage réduit de manière significative un sentiment négatif à propos d’une spécialité médicale.
Cela dit, il reste beaucoup à faire. Cette étude illustre aussi la différence entre un résultat significatif et l’amplitude d’un effet. Ici la réduction est significative mais elle n’est que d’un point en moyenne après 15 heures d’enseignement en petits groupes. Rien ne dit non plus que cette réduction, d’autant plus si minime, se traduira au final par une augmentation du niveau moyen en neurologie des étudiants, puis des médecins, quel que soit leur spécialité et leur mode d’exercice. Mais nous ne pouvons qu’encourager les équipes qui prennent la pédagogie pour ce qu’elle est, fondamentale !
Références
- Jozefowicz RF. Neurophobia: the fear of neurology among medical students. Arch Neurol. 1994;51(4):328-9.
- Schon F, Hart P, Fernandez C. Is clinical neurology really so difficult? J Neurol Neurosurg Psychiatry. 2002;72(5):557-9.
