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Publié le : 30 octobre 2018

Neurologie

Individus à risque de maladie d’Alzheimer, imagerie structurelle et amyloïde : la cohorte INSIGHT-preAD

Cognitive and neuroimaging features and brain ß-amyloidosis in individuals at risk of Alzheimer’s disease (INSIGHT-preAD): a longitudinal observational study

Bruno Dubois, Stéphane Epelbaum, Francis Nyasse, Hovagim Bakardjian, Geoffroy Gagliardi, Olga Uspenskaya, Marion Houot, Simone Lista, Federica Cacciamani, Marie-Claude Potier, Anne Bertrand, Foudil Lamari, Habib Benali, Jean-François Mangin, Olivier Colliot, Remy Genthon, Marie-Odile Habert, Harald Hampel. Lancet Neurol 2018 ; 17 : 335-46

DOI :10.1016/s1474-4422(18)30029-2

 

Analyse commentée réalisée par Pr Eric Jouvent

 

Justificatifs et objectifs

La perception de la maladie d’Alzheimer a largement évolué ces dernières années [1]. La mise en évidence de stigmates, notamment biologiques, des années voire des dizaines d’années avant l’expression clinique de la maladie a conduit à la notion de forme préclinique de maladie d’Alzheimer. Parallèlement, les échecs répétés des essais cliniques basés sur des stratégies anti-amyloïdes ont fait penser que les patients étaient inclus trop tardivement, à un moment où l’effet des thérapeutiques ne peut ralentir la progression de la maladie [2]. Il y a donc actuellement un investissement massif vers l’identification de plus en plus précoce, non pas de patients atteints de maladie d’Alzheimer, mais de sujets à risque de la développer.

C’est dans ce contexte que s’inscrit la cohorte INSIGHT-preAD de l’institut de la mémoire et de la maladie d’Alzheimer à la Pitié-Salpétrière [3]. Dans cette étude, les auteurs rapportent les facteurs cliniques, cognitifs et d’imagerie associés au développement au cours d’un suivi de 30 mois, d’une maladie d’Alzheimer chez des sujets âgés ayant une plainte cognitive subjective mais pas de trouble cognitif objectif.

Méthodes

Il s’agit d’une étude observationnelle monocentrique. Les critères d’inclusion étaient un âge entre 70 et 85 ans et une plainte mnésique subjective. Les critères d’exclusion étaient des anomalies sur le bilan neuropsychologique de débrouillage (les sujets ne pouvaient être inclus que si leur MMS était ≥ 27, le Clinical Dementia Rating score à 0 et une échelle de Grober et Buschke ≥ 41). La cohorte comprend des sujets ayant consulté à l’institut mémoire ou s’étant présentés suite à des publicités dans les médias. Tous les sujets ont eu, à l’inclusion, en plus d’un bilan neuropsychologique complet, une IRM cérébrale détaillée, un PET marqué au FDG et un PET amyloïde notamment. La réalisation de la ponction lombaire était optionnelle. Ces explorations sont répétées au cours du suivi, à un rythme allant de 6 mois pour les évaluations cliniques à 2 ans pour l’imagerie métabolique.

Résultats

Trois cent dix-huit sujets de 76 ans d’âge moyen ont été inclus, avec un MMS moyen à 28,67 ± 0 ,96. Parmi ces 318 participants, 88 (28 %) avaient une imagerie amyloïde initiale positive. Après ajustement pour l’âge et le niveau d’éducation, le groupe des sujets ayant une imagerie amyloïde positive ne différait pas des autres sujets, que ce soit sur le plan clinique, neuropsychologique ou radiologique. Parmi ces 274 sujets revus à 30 mois, il n’y avait aucune évolution clinique notable. En revanche, parmi les 44 sujets qui ont arrêté l’étude, si 40 l’ont fait pour des raisons personnelles, 4 ont développé une maladie d’Alzheimer. Les 4 avaient une imagerie amyloïde positive à l’inclusion.

Analyse

Les auteurs ont été surpris de n’observer que 4 cas de maladie d’Alzheimer au cours d’un suivi de 30 mois chez des sujets âgés ayant une plainte mnésique subjective. Une des explications possibles serait la sélection de sujets d’un haut niveau d’éducation, intéressés par les activités de recherche et ayant potentiellement une réserve cognitive importante. Aucun élément ne s’est avéré vraiment utile pour identifier parmi ces sujets âgés, les très rares d’entre eux qui développeront une maladie d’Alzheimer clinique. La poursuite du suivi sur le plus long terme permettra peut-être de mettre en évidence des marqueurs prédictifs si le nombre de patients augmente notablement. Dans l’intervalle, un message fort reste que la négativité de l’imagerie amyloïde (a fortiori des biomarqueurs de la ponction lombaire) même en cas de plainte cognitive, notamment mnésique, est un élément extrêmement rassurant pour les patients.

Références

[1] Frisoni GB, Boccardi M, Barkhof F, Blennow K, Cappa S, Chiotis K, et al. Strategic roadmap for an early diagnosis of Alzheimer’s disease based on biomarkers. Lancet Neurol. 2017;16(8):661-76.

[2] Salloway S, Sperling R, Fox NC, Blennow K, Klunk W, Raskind M, et al. Two phase 3 trials of bapineuzumab in mild-to-moderate Alzheimer’s disease. N Engl J Med. 2014;370(4):322-33.

[3] Dubois B, Epelbaum S, Nyasse F, Bakardjian H, Gagliardi G, Uspenskaya O, et al. Cognitive and neuroimaging features and brain beta-amyloidosis in individuals at risk of Alzheimer’s disease (INSIGHT-preAD): a longitudinal observational study. Lancet Neurol. 2018;17(4):335-46.