Analyse commentée réalisée par le Pr Eric Jouvent
Facial Masking for Covid-19 – Potential for “Variolation” as we await for a vaccine.
Monica Gandhi and George Rutherford, from the Department of Infectious diseases and Epidemiology and Biostatistics, University of California, San Francisco, USA
Justificatifs et objectifs
La crise sanitaire liée au Covid-19 est évidemment sans précédent à l’ère moderne. La stratégie actuelle vise à responsabiliser les populations en leur demandant de restreindre leurs interactions sociales mais cette approche pourrait rapidement atteindre ses limites. En France, mi-octobre 2020, les indicateurs sont au rouge (écarlate) et l’idée que l’on puisse tenir indéfiniment en demandant aux individus d’être davantage responsables n’est peut-être pas la meilleure.
D’une part, beaucoup de français sont déjà responsables et pour ceux qui ne le sont pas, il s’agit souvent d’un problème d’éducation qui ne se corrige pas, en tout cas pas en quelques mois. D’autre part parce que cette crise va s’étendre sur le long terme, et la marée, s’il ne s’agit pas cette fois d’un tsunami comme en Mars, va sans doute rester à très haut niveau pendant plusieurs mois, y compris probablement pendant les fêtes de fin d’année…
Les populations ont sans doute besoin de motifs d’espoir et des données scientifiques récentes pourraient en donner et expliquer certaines modifications observées depuis la première phase de l’épidémie et notamment une diminution de la mortalité. Une des hypothèses évoquées par certains infectiologues serait le mécanisme historique dit de variolisation, à savoir le développement de formes moins sévères d’infections par exposition à de plus faibles inocula viraux lors de la transmission du virus entre individus, dans le contexte actuel grâce au port du masque.
Méthodes
Pour une fois, ce commentaire porte sur un éditorial et pas sur un essai thérapeutique. Celui-ci est écrit par un infectiologue et un épidémiologiste et publié dans le New England Journal of Medicine. Si ce dernier n’a pas totalement échappé à la vague de publications superflues en lien avec le Covid-19 que j’évoquais lors de mon dernier commentaire, il n’en reste pas moins un journal de référence. Cet éditorial porte sur l’utilité du port du masque, et il semble difficile d’y voir un conflit d’intérêt majeur avec les laboratoires pharmaceutiques.
Résultats
Dans cet éditorial, les auteurs rapportent un certain nombre d’éléments suggérant que le port du masque n’a pas qu’un rôle pour limiter la propagation du virus, mais qu’il pourrait aussi être à l’origine d’une bascule vers les formes asymptomatiques. Ces résultats principalement d’ordre épidémiologique confortent une hypothèse in vitro connue depuis un siècle qui établirait un lien entre la sévérité d’une infection respiratoire déclarée et la quantité de l’inoculum viral lors de l’exposition. Ainsi le port du masque, en limitant la quantité de virus transmise d’un individu à l’autre, conduirait à davantage de formes asymptomatiques ou pauci-symptomatiques.
Tester cette hypothèse in vivo est évidemment impossible pour des raisons éthiques. Il n’est pas question (en tout cas en France et dans la plupart des pays développés) d’inoculer des sujets sains par voie respiratoire avec des quantités virales variées pour évaluer un lien avec la sévérité de l’infection développée.
Cependant, des données épidémiologiques peuvent apporter quelques éléments de réponse. Un des premiers est le lien entre le taux d’affections asymptomatiques et la circulation virale. Cet été en France et aux États-Unis, cette proportion a été estimée autour de 40%. Dans certaines conditions pourtant, ce taux peut être largement supérieur. Par exemple, lors d’une épidémie sur un bateau de croisière argentin cet été, les passagers ont été fournis en masques chirurgicaux et les membres du personnel en masques filtrants de type FFP2. Dans ces conditions, le taux de porteurs asymptomatiques a été de 81% (1) contre 20% dans une épidémie similaire sans masquage universel (2). Les auteurs citent aussi l’exemple de 2 épidémies dans des usines alimentaires aux États-Unis dans lesquelles les ouvriers ont été forcés à porter des masques en permanence. Parmi les 500 personnes ayant été infectés, 95% étaient asymptomatiques et les 5% restant ont développés des symptômes légers (3).
Analyse
Bien sûr, ces données épidémiologiques ne sont pas des preuves, mais des suspicions. Et surtout, faut-il croire sur parole un neurologue qui parle de maladies infectieuses ? Certainement pas ! Pas plus qu’il ne faut croire sur parole un gourou girouette ou un physiologiste star qui expliquent depuis des mois qu’un avion peut voler sans aile et que seuls les ignares qui nous gouvernent ne le savent pas.
Alors comment avancer ? Lors des tests d’hypothèse en statistiques, on court 2 risques. L’un est de rejeter une hypothèse alors qu’elle est vraie ; l’autre est d’accepter une hypothèse alors qu’elle est fausse.
Ces derniers mois, des millions de nos concitoyens ont crû et continuent à croire à des surfeurs de vague… Je vous laisse répondre à la question suivante. Est-il préférable :
- De porter un masque les 6 prochains mois en toute circonstance et de se rendre compte finalement que sa seule utilité est de limiter la transmission entre individus
- Ou de ne porter de masque que quand cela ne nous indispose pas et de se rendre compte dans 6 mois que non seulement il limite la transmission entre individus mais qu’il conduit aussi à des formes plus souvent asymptomatiques ou légères.
Vous pouvez noter la réponse dans un carnet, rendez-vous dans 6 mois.
Références
- Mizumoto K, Kagaya K, Zarebski A, Chowell G. Estimating the asymptomatic proportion of coronavirus disease 2019 (COVID-19) cases on board the Diamond Princess cruise ship, Yokohama, Japan, 2020. Euro Surveill 2020; 25(10).
- Ing AJ, Cocks C, Green JP. COVID-19: in the footsteps of Ernest Shackleton. BMJ Thorax. https://doi.org/10.1136/thoraxjnl-2020- 215091.
- Gandhi M, Beyrer C, Goosby E. Masks do more than protect others during COVID-19: reducing the inoculum of SARS-CoV-2 to protect the wearer. J Gen Intern Med 2020 July 31
