Dalbavancine, un nouvel antibiotique pour le traitement des infections à Gram-positif : début d’expérience dans la vraie vie.
Dalbavancin in the treatment of different gram-positive infections: a real-life experience
Bouza Emilio et al.Int J Antimicrob Agents.2018; 51: 571-7.
DOI :https://doi.org/10.1016/j.ijantimicag.2017.11.008
Analyse commentée réalisée par Dr Véronique Delcey
Justificatifs et Objectifs
La dalbavancine (Xydalba), nouvel antibiotique de la famille des lipo-glycopeptides, dérivé semi-synthétique de la teicoplanine, est active essentiellement sur les bactéries gram positif, (staphylocoques méthi-S et méthi-R, streptocoques et entérocoques), et inactif sur les bactéries gram négatif.
Elle est bactéricide avec une activité anti-toxinique ainsi qu’une action très intéressante sur le biofilm [1]. Sa pharmacocinétique est remarquable par sa longue ½ vie, environ 346 heures (2 semaines), qui permet un schéma d’administration à une ou deux doses IV de 30 minutes [2]. Il n’y a pas d’interaction médicamenteuse connue et contrairement à la vancomycine, son profil de tolérance est bon sans insuffisance rénale rapportée [3].
Elle a une AMM depuis décembre 2016 pour le traitement des infections bactériennes aiguës de la peau et des tissus mous (IABPTM) à la posologie de 1 500 mg en une seule injection ou 1 000 mg à J0 et 500 mg à J8 en perfusion IV de 30 minutes. Le service médical rendu (SMR) est important dans le traitement des IBAPTM chez les seuls patients adultes avec des infections d’un certain degré de gravité, pour lesquelles une étiologie staphylococcique et une résistance à la méticilline sont prouvées ou fortement suspectées [4]. Elle n’apporte pas d’amélioration du SMR (ASMR V) par rapport à la vancomycine pour les IBAPTM de l’adulte.
Cependant ses caractéristiques lui confèrent indéniablement un intérêt pour d’autres pathologies, tout particulièrement celles qui nécessitent des traitements de longue durée. Mais les données étaient jusqu’à présent absentes. Cette publication rapporte l’expérience de son utilisation dans des situations autres que les IABPTM.
Méthodes
Etude rétrospective observationnelle menée dans 29 hôpitaux espagnols.
Critères d’inclusion : tous les cas d’infections traitées par au moins une dose de dalbavancine ont été colligés entre janvier 2016 et janvier 2017 et analysés. Une analyse de coût a été faite en parallèle versus le coût d’un traitement par daptomycine.
Résultats
Les données de 69 patients ont été analysées. Parmi eux 20 présentaient une infection de prothèses articulaires, 12 des ostéites, 15 des IABPTM, 8 des infections de cathéter et 7 des endocardites infectieuses. Les bactéries étaient principalement des Staphylocoques à coagulase négative (24), des Staphylocoques dorés méthi-S (11) ou méthi-R (16) et des Entérocoques (11). Les malades avaient pratiquement tous été préalablement traités par d’autres antibiotiques pendant une durée moyenne de 18 jours (9,8 – 50,5). Le motif principal du switch pour la dalbavancine était la facilité d’administration compatible avec des administrations ambulatoires (2/3 des malades) devant l’échec d’une antibiothérapie précédente ou une allergie aux béta-lactamines.
La dalbavancine a été administrée aux doses de 1 000 ou 1 500 mg à J0 suivi éventuellement d’une ou plusieurs doses de 500 ou 1000 mg 1 fois / semaine.
La durée de traitement a été de 21 jours (7 – 168), en association chez 36,5 % des patients principalement avec la rifampicine, les bêta-lactamines ou les quinolones, avec un taux de succès moyen de 84 %. La tolérance a été excellente et les effets secondaires ont été un rash pour 2 patients et une insuffisance rénale modérée pour 2 patients.
Analyse de coût
Le traitement a été ambulatoire pour 72 % des patients et a permis une économie estimée de 3 000 € par patient.
Analyse
Il s’agit d’un premier retour d’expérience d’utilisation de la dalbavancine dans la vraie vie et dans des indications hors AMM. C’est en effet dans ce cadre qu’elle aura un réel intérêt, dans des infections qui nécessitent des durées longues d’antibiothérapie (infections ostéo-articulaires, endocardites) et/ou des situations difficiles de voie d’abord veineuse. Le taux de succès est celui attendu avec des traitements conventionnels, la tolérance est très bonne et sa facilité d’administration qui permet une prise en charge ambulatoire a un véritable impact économique. Nous attendons prochainement le retour de l’expérience française chez 75 patients.
Références
[1] Meeker DG et al.Antimicrob Agents Chemother. 2016; 60: 5688-94. [2]. Dunne MW et al. Clin Infect Dis. 2016; 62: 545-51.[3] Leighton A et al. Antimicrob Agents Chemother 2004; 48: 940-5. [4] Synthèse d’avis de la Commission de la transparence. HAS décembre 2016.
